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On ne sait jamais quelles bonnes surprises naturalistes peuvent surgir du passé.

Cela fait maintenant plus d’un an que le programme de suivi par transpondage (injection sous la peau d’une puce électronique) de plusieurs individus de Sérotines communes est mené dans le Cher par le muséum de Bourges et l’AFSSA Nancy. C’est Liza, une étudiante en thèse, qui a repris le flambeau pour trois années d’études. Actuellement une cinquantaine de femelles issues de trois colonies différentes ont été équipées sur le département.
La colonie la plus importante, située à St-Amand-Montrond, a déjà donné depuis avril 2009 une foule d’informations. Chaque chauve-souris équipée d’une micro puce passive laisse une sorte de carte de visite informatisée, avec date et heure, chaque fois qu’elle franchit un portique de réception placé sur la route d’envol de la colonie. 20 femelles sur les 24 équipées en 2009 sont revenues en 2010, une information précieuse sur la fidélité au gîte de cette espèce.
Une seconde nurserie donne des résultats inférieurs car la pose d’un portique fixe automatisé n’a pas été possible au sein des combles. Les enregistrements par un récepteur mobile sont moins fiables.
Une troisième colonie, à Baugy, sera équipée d’un portique de détection dans le courant de l’été. Actuellement aucun transfert d’individus d’une colonie à une autre n’a pu être noté, mais en revanche, plusieurs femelles ont disparu sur de longues périodes avant de réintégrer leur gîte habituel, attestant d’une fréquentation d’autres gîtes sur parfois plusieurs semaines.
Cette année les conditions météorologiques désastreuses du début du mois de juin ont conduit les femelles à pratiquement cesser leurs activités de chasse, et ce, sur des périodes atteignant six nuits. Les naissances des Sérotines s’étalant habituellement sur les premiers jours de juin, on peut s’attendre à une très forte mortalité chez les jeunes, les femelles n’ayant plus de lait à fournir à leur petit au moment où ils sont les plus fragiles. Les comptages à l’envol et les récoltes des cadavres au gîte devraient nous indiquer si cette hypothèse est confirmée.

Comment se comportent les chauves-souris quant le parcours choisi par l’animal pour rejoindre un gîte ou un territoire de chasse croise un axe routier ? C’est la question posée par le SETRA (Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements) dans le cadre du Plan National d’Actions Chauves-souris. Pour répondre à cette question complexe, sur laquelle bien peu d’études ont été entreprises à l’échelle de l’Europe, une petite quinzaine de zones tests ont été choisies sur le territoire national.
Dans le département du Cher, le muséum de Bourges, aidé par deux étudiants, Marion et Quentin, suit trois sites d’études. Deux sont situés sur des axes autoroutiers, un autre longe une rocade en périphérie d’un important site d’hibernation. Dans un premier temps, des enregistrements des émissions ultrasonores des chauves-souris en transit ont été effectués sur des passerelles enjambant les routes, tout comme dans des passages souterrains passant sous les chaussées, qu’ils soient ou non en eau. Ces enregistrements, réalisés de manière automatisée, ont été répétés sur plusieurs nuits, en fonction de la météo et de la période d’activité des chauves-souris (sortie d’hibernation, reproduction). Des centaines de données déjà dépouillées laissent peu à peu apparaître certaines tendances comportementales. Les chauves-souris montrent une préférence pour les larges passages souterrains, ceux en eau apparaissent encore plus attirants et ne sont pas utilisés que pour le transit mais aussi pour la chasse. Les passerelles, même celles réalisées pour la grande faune, sont moins fréquentées, mais on peut noter qu’elles ne sont pas équipées spécifiquement pour être attirantes pour les chiroptères. Autre découverte, les bords de routes non végétalisés et dotés de pelouses rases - qui étaient suspectés de ne pas attirer les chauves-souris - s’avèrent en fait attractifs, augmentant les risques de collision en cas de traversées de la chaussée par les animaux. C’est sur ces transits potentiels que cale l’actuelle étude car, s’il est possible d’enregistrer les signaux acoustiques émis par les chiroptères, l’équipe de biologistes n’a pas encore pu observer directement leur comportement le long des accotements ou en cas de traversée des voies. Ce sont des caméras infrarouges ou des amplificateurs de lumière qui devraient apporter dès l’automne ces informations complémentaires, capitales pour cerner l’impact de la circulation sur les chauves-souris. Si les échanges d’expériences se font déjà entre les diverses régions d’étude, c’est en automne que se fera un véritable bilan national conduisant à des propositions d’aménagements pour faire baisser si possible la mortalité routière.
