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ETUDES : SURGIES DU PASSÉ

On ne sait jamais quelles bonnes surprises naturalistes peuvent surgir du passé.

Le musée de la Châtre, dans l'Indre, possède une collection d'oiseaux naturalisés d’un grand intérêt historique constituée au XVIIIème et au début du XIXème siècle par Emmanuel Baillon (1742-1802), un correspondant assidu de Buffon, puis par son fils François (1778-1855). Suite à divers héritages cette collection, initialement picarde, finit par se retrouver partiellement dans le bas Berry.
L'inventaire du fonds allait dévoiler qu’elle recélait un trésor qui n'était pas qu'ornithologique : 18 boîtes, contenaient en effet plus de 40 spécimens de chiroptères totalement oubliés. Les ornithologues chargés d'inventorier ce trésor se mirent en liaison avec l'équipe du muséum de Bourges. Si les spécimens avaient soufferts du temps, mal protégés dans des caissons en bois munis de couvercles en verre peu étanches, il y avait au dos des boîtes des étiquettes calligraphiées qui conféraient à ces pièces une inestimable valeur. François Baillon avait couché, à la plume et d'une belle écriture cursive, les descriptions, dates et commentaires sur des espèces collectées dans la Somme.
Seul souci, en deux siècles, l’humidité et les attaques d’insectes xylophages rendaient presque indéchiffrables une partie des textes et il fallut de nombreuses heures de décryptage pour en venir à bout. Monsieur Baillon s’avère avoir été un excellent observateur doublé d’un collectionneur méticuleux. Notre spécialiste en ostéologie, Jean-Jacques Chaut, put confirmer l'essentiel de ses déterminations suite à l'observation des dents, les animaux étant présentés gueule ouverte. Cette collection dont le premier spécimen, un Petit rhinolophe, date de 1813 donne une idée précise des espèces présentes dans le nord de la France à l'époque.
Dans la lignée de Belon et Geoffroy St Hilaire ses notes apportent un nouveau jalon dans l'histoire de la chiroptérologie. "Un individu semblable (R.hipposideros), mais plus jeune encore, m'a été envoyé d'Hanau, par Mr le docteur Leisler en 1813, sous le nom de v. hipposideros, mais en me disant que Mr Bechstein avait eu tort et que ce n'était certainement pas une espèce mais le jeune âge du Petit fer à cheval de Buffon....cette espèce parait être l'une de plus rares des chiroptères dans les explorations nombreuses que nous avons faites en 1844 et 1845...". François Baillon cite ici sur une seule étiquette les plus grands spécialistes allemands de l'époque avec qui il correspondait et donne également des indications précieuses sur le statut des espèces pour les naturalistes d'aujourd'hui.
Ce n'est pas la première fois que le muséum de Bourges se retrouve sur la piste d'anciens documents et expertise ainsi des collections, mais celle-ci restera incontestablement pour nous une de nos plus belles expériences.

Etudes : Rythme journalier d'une colonie de Sérotines

Equipe de l'AFSSA injectant une puce sur une Sérotine

Cela fait maintenant plus d’un an que le programme de suivi par transpondage (injection sous la peau d’une puce électronique) de plusieurs individus de Sérotines communes est mené dans le Cher par le muséum de Bourges et l’AFSSA Nancy. C’est Liza, une étudiante en thèse, qui a repris le flambeau pour trois années d’études. Actuellement une cinquantaine de femelles issues de trois colonies différentes ont été équipées sur le département. 

La colonie la plus importante, située à St-Amand-Montrond, a déjà donné depuis avril 2009 une foule d’informations. Chaque chauve-souris équipée d’une micro puce passive laisse une sorte de carte de visite informatisée, avec date et heure, chaque fois qu’elle franchit un portique de réception placé sur la route d’envol de la colonie. 20 femelles sur les 24 équipées en 2009 sont revenues en 2010, une information précieuse sur la fidélité au gîte de cette espèce.

Une seconde nurserie donne des résultats inférieurs car la pose d’un portique fixe automatisé n’a pas été possible au sein des combles. Les enregistrements par un récepteur mobile sont moins fiables.

Une troisième colonie, à Baugy, sera équipée d’un portique de détection dans le courant de l’été. Actuellement aucun transfert d’individus d’une colonie à une autre n’a pu être noté, mais en revanche, plusieurs femelles ont disparu sur de longues périodes avant de réintégrer leur gîte habituel, attestant d’une fréquentation d’autres gîtes sur parfois plusieurs semaines.

Cette année les conditions météorologiques désastreuses du début du mois de juin ont conduit les femelles à pratiquement cesser leurs activités de chasse, et ce, sur des périodes atteignant six nuits. Les naissances des Sérotines s’étalant habituellement sur les premiers jours de juin, on peut s’attendre à une très forte mortalité chez les jeunes, les femelles n’ayant plus de lait à fournir à leur petit au moment où ils sont les plus fragiles. Les comptages à l’envol et les récoltes des cadavres au gîte devraient nous indiquer si cette hypothèse est confirmée.

 

Etudes : quand les chauves-souris croisent les automobiles...

3 signaux acoustiques typiques

Comment se comportent les chauves-souris quant le parcours choisi par l’animal pour rejoindre un gîte ou un territoire de chasse croise un axe routier ? C’est la question posée par le SETRA (Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements) dans le cadre du Plan National d’Actions Chauves-souris. Pour répondre à cette question complexe, sur laquelle bien peu d’études ont été entreprises à l’échelle de l’Europe, une petite quinzaine de zones tests ont été choisies sur le territoire national.
 

Dans le département du Cher, le muséum de Bourges, aidé par deux étudiants, Marion et Quentin, suit trois sites d’études. Deux sont situés sur des axes autoroutiers, un autre longe une rocade en périphérie d’un important site d’hibernation. Dans un premier temps, des enregistrements des émissions ultrasonores des chauves-souris en transit ont été effectués sur des passerelles enjambant les routes, tout comme dans des passages souterrains passant sous les chaussées, qu’ils soient ou non en eau. Ces enregistrements, réalisés de manière automatisée, ont été répétés sur plusieurs nuits, en fonction de la météo et de la période d’activité des chauves-souris (sortie d’hibernation, reproduction). Des centaines de données déjà dépouillées laissent peu à peu apparaître certaines tendances comportementales. Les chauves-souris montrent une préférence pour les larges passages souterrains, ceux en eau apparaissent encore plus attirants et ne sont pas utilisés que pour le transit mais aussi pour la chasse. Les passerelles, même celles réalisées pour la grande faune, sont moins fréquentées, mais on peut noter qu’elles ne sont pas équipées spécifiquement pour être attirantes pour les chiroptères. Autre découverte, les bords de routes non végétalisés et dotés de pelouses rases - qui étaient suspectés de ne pas attirer les chauves-souris - s’avèrent en fait attractifs, augmentant les risques de collision en cas de traversées de la chaussée par les animaux. C’est sur ces transits potentiels que cale l’actuelle étude car, s’il est possible d’enregistrer les signaux acoustiques émis par les chiroptères, l’équipe de biologistes n’a pas encore pu observer directement leur comportement le long des accotements ou en cas de traversée des voies. Ce sont des caméras infrarouges ou des amplificateurs de lumière qui devraient apporter dès l’automne ces informations complémentaires, capitales pour cerner l’impact de la circulation sur les chauves-souris. Si les échanges d’expériences se font déjà entre les diverses régions d’étude, c’est en automne que se fera un véritable bilan national conduisant à des propositions d’aménagements pour faire baisser si possible la mortalité routière.

 

Sérotines communes, juvéniles et adultes

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