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Pourquoi conserver des colonies de chauves-souris chez soi ? |
D’autres, au départ rétifs à l’idée d’une cohabitation avec un essaim de chauves-souris, se laissent entraîner au fil des ans à partager leurs combles, si tant est que les nuisances sonores et olfactives générées parfois par les chauves-souris de passage soient sous contrôle, ce qui peut demander quelques aménagements.
Cependant, en dehors du bel engagement écologique que constitue le partage d’un espace avec la faune sauvage, la conservation d’une colonie peut déboucher sur d’autres perspectives d’ordre scientifique : la participation à des projets de recherche. C’est le cas dans le département du Cher où près de 900 colonies ont été recensées par le muséum d’histoire naturelle de Bourges. Une partie de ces nurseries installées chez des particuliers servent aujourd’hui de base à plusieurs projets universitaires.
Il n’est pas nécessaire d’abriter des espèces fortement emblématiques pour intéresser les scientifiques. Les 450 colonies de Pipistrelles connues intéressent par exemple les spécialistes du muséum national d’histoire naturelle dans le cadre du projet Vigie-nature. Dans le Cher, l’étude menée est différente du protocole mené ailleurs en France. Deux jeunes étudiants procèdent chaque nuit à des enregistrements sur des parcours préétablis de 30 kilomètres et passent volontairement au cours de leur périple devant des colonies parfaitement localisées. Le croisement des données captées en cours de nuit avec la connaissance précise des emplacements des colonies permettra peut être de définir un schéma prédictif des emplacements de nurseries. Un bel outil qui, reporté sur les autres circuits français, pourra peut-être permette de mieux interpréter les enregistrements et trouver de nouveaux gîtes dans le futur.
www.mnhn.fr/vigie-nature/

Prélèvement de salive
Un autre projet à long terme concerne la Sérotine commune, cette fois dans le cadre du suivi épidémiologique sur la rage des chauves-souris, une maladie qui peut menacer localement cette espèce. Un propriétaire, exemplaire et patient, a attendu quatre ans pour que sa colonie de plus de 150 femelles quitte les arrières des isolations des murs des chambres pour être enfin confinées dans une partie du grenier.
L’étude qui concerne le comportement erratique éventuel des individus a pu débuter au printemps 2009 et une partie des animaux a été dotée de puces émettrices. La sortie du gîte est lui équipé d’un portique électronique qui compte chaque soir le départ et le retour des Sérotines. Outre une meilleure compréhension des habitudes de l’espèce, les biologistes vont dans les années à venir, en apprendre bien plus sur la dispersion éventuelle de cette colonie, la puce émettant tout au long de la vie de l’animal.
Les études
Dernier projet pour cette année, trois étudiants allemands de l’université de Tuebingen étudient quant à eux les émissions acoustiques des chiroptères. Avec un matériel très sophistiqué, une grande antenne de 4m par 4 quadrillée de 16 micros, des logiciels d’analyses des signaux et 2 caméras à infrarouge, ils cherchent à comprendre comment agit la focalisation des cris de chasse des chauves-souris. Ils ne peuvent effectuer leurs suivis que sur des colonies déjà connues de Barbastelle, de Grand rhinolophe et de Noctule de Leisler que des particuliers hébergent chez eux chaque année et acceptent d’ouvrir à leur étude. Ces trois programmes de recherche, ou chaque propriétaire se reconnaitra, va amener dans les années à venir une moisson d’informations permettant de mieux connaître l’écologie et le comportement des chauves-souris. A l’heure où tout un chacun écoute le flux médiatique sur les problèmes écologiques planétaires, certains citoyens se sont ainsi engagés dans une démarche environnementale volontaire très originale : la cohabitation avec une petite partie de la faune sauvage. Ce choix, qui joint la motivation naturaliste à la connaissance environnementale, débouche en plus sur des projets scientifiques. Ces exemples d’éco-citoyenneté ne demandent qu’à se multiplier. |
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